Les Trois Conversions et Les Trois Voies, CHAPITRE III

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Pere Reginald Garrigou-Lagrange, 20th century French Thomist theologian.

CHAPITRE III

La troisième conversion ou transformation de l’âme, entrée dans la voie unitive des parfaits Repleti sunt omnes Spirita Sancto (Ils furent tous remplis de l’Esprit-Saint” (Actes, II, 4) Nous avons parlé de la seconde conversion nécessaire à l’âme intérieure pour sortir de la voie des commençants et entrer dans celle des progressants ou voie illuminative. Plusieurs auteurs spirituels ont dit, nous l’avons vu, que cotte deuxième conversion avait eu lieu pour les Apôtres à la fin de la Passion du Sauveur, spécialement pour Pierre après le triple reniement. Saint Thomas note dans son Commentaire sur saint Matthieu, c. XXVI, 74, que ce repentir de Pierre se produisit aussitôt, dès que le Seigneur le regarda et qu’il fut efficace et définitif. Mais cependant Pierre et les Apôtres furent lents à croire à la résurrection du Sauveur, malgré le récit que les saintes femmes leur firent de ce miracle qui avait été plusieurs fois annoncé par Jésus. Ce récit leur parut du délire (Luc, XXIV, 11). De plus, s’ils furent lents à croire à la résurrection du Sauveur, ils montrèrent, dit saint Augustin (in Joannem, tr. 25, n° 3, et Sermon 265, n. 2-4), de la précipitation à voir se réaliser la restauration du royaume d’Israël, telle qu’ils se la repré- sentaient. On le voit par la question qu’ils posèrent à Notre-Seigneur le jour même de l’Ascension : lorsque Jésus leur annonça de nouveau la venue du Saint-Esprit, ils Lui demandèrent : « Est-ce alors, Seigneur, que Vous restaurerez le royaume d’Israël ? » (Actes I, 16). Il y aura encore beaucoup à souffrir avant la restauration du royaume, et elle sera très supérieure à ce qu’entrevoient les disciples. 1 Rien de plus facile que de concevoir spéculativement que la Providence ordonne au bien toutes choses sans exception; mais qu’il est rare de le bien voir concrètement, lorsque arrive quelque grande épreuve imprévue, qui semble briser notre vie. Rares sont ceux qui y voient tout de suite une des plus grandes grâces, celle de leur seconde ou de leur troisième conversion. Le vénérable Bondon, prêtre très écouté de son évêque et de plusieurs évêques de France, reçut un jour, à la suite d’une calomnie, une lettre de son évêque qui le frappait subitement de suspense et lui interdisait de dire la messe et de confesser. Aussitôt il se jeta au pied de son crucifix, en remerciant Notre-Seigneur de cette grâce dont il se jugeait indigne. Il était parvenu à la conviction concrète et vécue, dont parle ici sainte Catherine de Sienne, que dans le gouvernement de Dieu tout, absolument tout, est ordonné à la manifestation de Sa bonté. 2 C’est ainsi que saint Thomas à la fin de sa vie est élevé à une contemplation surnaturelle des mystères de la foi, qui ne lui permet plus de dicter la fin de la Somme théologique, la fin du traité de la Pénitence. Il ne peut plus composer des articles avec un « status quaestionis » sous forme de trois difficultés, un corps d’article et des réponses aux objections. L’unité supérieure à laquelle il est conduit lui montre les principes d’une manière toujours plus simple et plus rayonnante, et il ne peut plus descendre à la complexité de l’exposé didactique. 15 Aussi les auteurs spirituels ont-ils plusieurs fois parlé d’une troisième conversion ou transformation des Apôtres, qui eut lieu le jour de la Pentecôte. Voyons premièrement ce qu’a été en eux cette transformation et ensuite ce qu’elle doit être, toute proportion gardée, en nous. Cette transformation fut préparée en eux par ce fait que, depuis l’Ascension, Jésus priva définitivement les siens de sa présence sensible. Lorsque Notre-Seigneur priva pour toujours les Apôtres de la vue de Sa sainte humanité, il dut y avoir pour eux une grande souffrance, à laquelle on ne pense généralement pas assez. Étant donné que le Sauveur était devenu leur vie, comme le dit saint Paul : « Mibi vivere Christus est », et que l’intimité avec Lui grandissait tous les jours, ils durent avoir une impression de solitude des plus profondes, comme une impression de désert, de détresse et de mort. Ce dut être d’autant plus senti que Notre-Seigneur leur avait annoncé toutes les souffrances à venir. On peut en avoir une faible idée lorsque, après avoir vécu sur un plan supérieur pendant une fervente retraite, sous la conduite d’une âme sacerdotale pleine de Dieu, on est repris par la vie de tous les jours, qui semble nous priver soudain de cette plénitude. Les Apôtres restèrent les yeux levés vers le ciel ; ce n’était plus l’écrasement de la sensibilité comme pendant la Passion, mais c’était une privation complète, qui dût mettre un instant leur esprit en déroute. Pendant la Passion, Jésus était encore là ; maintenant Il était dérobé à leurs regards, et ils se crurent totalement privés de Lui. C’est dans cette obscurité de l’esprit qu’ils furent préparés à l’effusion de grâces de la Pentecôte.

LA DESCENTE DU SAINT-ESPRIT SUR LES APOTRES

«Tous, dans un même esprit, réunis dans le Cénacle, persévéraient dans la prière, avec quelques femmes et Marie, mère de Jésus…» (Actes, I,14) Comme il est rapporté dans les Actes des Apôtres, II, 1-4 : « Le jour de la Pentecôte étant arrivé (c’est-à-dire celui de la Pentecôte juive qui se célébrait cinquante jours après Pâques), les Apôtres étaient tous ensemble en un même lieu. Tout à coup il vint du ciel un bruit comme celui d’un vent violent, et il remplit toute la maison où ils étaient assis. Et ils virent paraître comme des langues de feu qui se partagèrent et se posèrent sur chacun d’eux. Ils furent tous remplis du Saint-Esprit, et ils se mirent à parler d’autres langues, selon que l’Esprit-Saint leur donnait de s’exprimer. » Le bruit venu du ciel, semblable à celui d’un vent impétueux, était le signe de l’action mystérieuse et très efficace du Saint-Esprit. En même temps les langues de feu qui se posèrent sur chacun des Apôtres symbolisaient ce qui allait se produire dans leur âme. Il n’est pas rare qu’une grande grâce soit précédée par un fait sensible frappant, qui nous tire de notre somnolence ; c’est comme un réveil divin. Ici le symbolisme est des plus clairs. Comme le feu purifie, éclaire et réchauffe, le Saint-Esprit en cet instant purifia profondément, éclaira et enflamma l’âme des Apôtres. Voilà bien la purification profonde de l’Esprit1 . Et saint Pierre expliqua (Actes, II, 17) que c’était ce qu’avait annoncé le Prophète Joël (II, 28…) : « Dans les derniers jours, dit le Seigneur, Je répandrai Mon Esprit sur Mes serviteurs et Mes servantes, et ils prophétiseront… Alors quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. » Le Saint-Esprit habitait déjà dans l’âme des Apôtres, mais par cette mission visible (Ia q. 43, a. 6, ad I), Il vint augmenter en eux les trésors de la grâce, des vertus et des dons, en les éclairant et les fortifiant, pour qu’ils soient capables d’être les témoins du Sauveur jusqu’aux extrémités de la terre, au péril de leur vie. Les langues de feu sont un signe que le Saint-Esprit alluma dans l’âme des Apôtres cette vive flamme d’Amour dont parlera saint Jean de la Croix. Alors s’accomplit la parole de Notre-Seigneur (Jean, XIV, 26) : « Le Saint-Esprit, que Mon Père vous enverra, vous enseignera et vous remettra en mémoire tout ce que Je vous ai dit». Les Apôtres se mirent alors à parler « en langues nouvelles, en célébrant les merveilles de Dieu, magnalia Dei », si bien que les étrangers témoins du phénomène, « habitants de la Mésopotamie…, de la Cappadoce, du Pont, de l’Asie, de l’Égypte, Romains, Crétois et Arabes de passage à Jérusalem étaient dans l’étonnement de les entendre parler l’idiome de leur pays natal » (Actes, II, 8-12). C’était un signe qu’ils devaient commencer à prêcher l’Évangile aux différentes nations, comme Jésus le leur avait ordonné : « Allez, enseignez toutes les nations » (Matth., XXVIII, 19).

QUELS FURENT LES EFFETS DE LA DESCENTE DU SAINT-ESPRIT ?

Les Actes nous le montrent : Les Apôtres furent éclairés et fortifiés, et leur influence sanctifiante transforma les premiers chrétiens ; ce fut un élan de ferveur profonde dans l’Église naissante. Tout d’abord les Apôtres furent beaucoup plus éclairés intérieurement par le Saint-Esprit sur le prix du sang du Sauveur, sur le mystère de la Rédemption, qu’annonçait tout l’Ancien Testament et que réalisait le Nouveau. Ils reçurent la plénitude de la contemplation de ce mystère, qu’ils devaient prêcher aux hommes, pour les sauver. Saint Thomas dit que « la prédication de la parole de Dieu doit dériver de la plénitude de la contemplation2 ». C’est ce qui se réalisa hautement alors, comme on le voit par les premiers sermons de saint Pierre rapportés dans les Actes, et par celui de saint Étienne avant son martyre. Ces paroles de saint Pierre et d’Étienne rappellent les mots du Psalmiste : « lgnitum eloquium tuum vehementer, et servus tuus dilexit illud (Ps. CXVIII, I40) : Tes paroles, ô Seigneur, sont des paroles de feu, et Ton serviteur les aime». Les Apôtres et les disciples, hommes sans culture, le jour de l’Ascension demandaient encore au divin Maître : «Seigneur, le temps est-il venu où Vous rétablirez le royaume d’Israël ? (Act., I, 6). Jésus leur avait alors répondu : . Ce n’est pas à vous de connaître les temps, ni les moments que le Père a fixés de Sa propre autorité. Mais lorsque le Saint-Esprit 1 C’est à la lumière de ce qui est dit ici de cette effusion de grâces purificatrices et transformatrices qu’il faut lire les articles de saint Thomas sur les dons d’intelligence et de sagesse, sur la purification qu’ils opèrent en nous, et qu’il faut lire aussi la Nuit obscure de saint Jean de la Croix. 2 Saint Thomas, IIa IIae, q. 188, a. 6 : « Ex plenitudine contemplationis derivatur doctrina et praedicatio. » 16 descendra sur vous, vous serez revêtus de force et vous Me rendrez témoignage à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre. » Et voilà maintenant que Pierre, qui avait tremblé devant une femme pendant la Passion, qui avait été si lent à croire à la résurrection du Sauveur, vient dire aux Juifs avec une autorité et une certitude que Dieu seul peut donner : « Jésus de Nazareth, cet homme à qui Dieu a rendu témoignage pour vous par les miracles qu’Il a opérés …. CET HOMME VOUS AYANT ÉTÉ LIVRÉ SELON LE DESSEIN IMMUABLE ET LA PRESCIENCE DE DIEU, vous L’avez attaché à la croix, et mis à mort par la main des impies1 . Dieu L’a ressuscité… (comme David l’avait annoncé)… C’est ce Jésus, que Dieu a ressuscité, nous en sommes tous témoins…, qui a été élevé au ciel,… et qui a répandu cet Esprit que vous voyez et entendez… Que toute la maison d’Israël sache donc avec certitude que Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié » (Actes II, 22-36). C’est tout le mystère de l’Incarnation rédemptrice, Pierre voit maintenant que Jésus a été une victime volontaire, il contemple la valeur infinie de Ses mérites et du sang répandu. Les Actes ajoutent que ceux qui entendirent ce discours, « le cœur transpercé par ces paroles, dirent à Pierre et aux autres Apôtres : « Frères, que ferons-nous ? » Pierre leur répondit : « Repentez-vous, et que chacun soit baptisé au nom de Jésus-Christ, pour obtenir le pardon de vos péchés, et vous recevrez le don du Saint-Esprit. » C’est ce qui fut fait, et les Actes disent (II, 41) .qu’environ trois mille personnes ce jour-là se convertirent et reçurent le baptême. Les jours suivants, Pierre dit aux Juifs dans le temple, après la guérison d’un boiteux de naissance obtenue au nom de Jésus : « Vous avez fait mourir l’AUTEUR DE LA VIE2 , que Dieu a ressuscité des morts, nous en sommes tous té- moins… Ce Jésus que vous avez crucifié… est la pierre rejetée par vous de l’édifice et qui est devenue la pierre angulaire. ET LE SALUT N’EST EN AUCUN AUTRE ; car il n’y a pas sous le ciel un autre nom qui ait été donné aux hommes, par lequel nous devions être saurés » (Actes, II, 14 ; IV, 11-12). En ce récit des grâces de la Pentecôte n’accordons pas l’attention principale au don des langues et aux charismes de ce genre, mais à cette illumination spéciale qui fait entrer les Apôtres dans les profondeurs du mystère de l’Incarnation rédemptrice et plus particulièrement dans celui de la Passion du Sauveur. C’est le mystère dont Pierre n’avait pu porter la première prédiction faite par Jésus annonçant qu’il serait crucifié. Simon Pierre avait dit : « A Dieu ne plaise, Seigneur ! cela ne vous arrivera pas ! » Jésus lui avait répondu : «Tu n’as pas l’intelligence des choses de Dieu, tu n’as que des pensées humaines » (Matth., XVI, 22-23). Maintenant Pierre a l’intelligence des choses de Dieu, il contemple toute l’économie du mystère de l’Incarnation rédemptrice ; et ce n’est pas lui seulement qui est ainsi éclairé, ce sont tous les Apôtres qui rendent témoignage comme lui, ce sont les disciples et surtout le premier martyr, le diacre saint Étienne, qui, avant de mourir lapidé, rappelle aux Juifs tout ce que Dieu a fait pour le peuple élu à l’époque des patriarches, au temps de Moïse et depuis, jusqu’à la venue du Sauveur (Actes, VII, 1-53). Mais les Apôtres, le jour de la Pentecôte, ne furent pas seulement éclairés, ils furent grandement fortifiés et confirmés. Jésus leur avait annoncé : « Vous serez revêtus de la force de l’Esprit-Saint » (Actes, I, 6). Eux qui avant la Pentecôte étaient encore craintifs deviennent courageux, et ils le seront tous jusqu’au martyre. Pierre et Jean, arrêtés et traduits devant le Sanhédrin, affirment que « le salut n’est en aucun autre » qu’en Jésus-Christ (Actes, IV, 12). Arrêtés de nouveau et battus de verges, « les Apôtres sortirent du Sanhédrin joyeux d’avoir été jugés dignes de souffrir des opprobres pour le nom de Jésus. Et chaque jour, dans le temple et dans les maisons, ils ne cessaient d’annoncer Jésus comme le Christ » (Actes, IV, 41, 42). Ils donnèrent tous pour Lui le témoignage de leur sang. Qui leur avait donné cette force ? Le Saint-Esprit, en allumant la vive flamme de la charité dans leur cœur. Telle fut leur troisième conversion, qui fut une transformation de leur âme. Leur première conversion avait fait d’eux des disciples attirés par la sublime prédication du Maître ; la seconde, à la fin de la Passion, leur avait fait entrevoir la fé- condité du mystère de la Croix qui fut éclairé ensuite par la résurrection ; la troisième leur donne la conviction profonde de ce mystère, dont ils ne cesseront de vivre jusqu’au martyre. La transformation des Apôtres se manifeste enfin par leur influence sanctifiante, par l’élan de ferveur profonde qu’ils communiquèrent aux premiers chrétiens. Comme le montrent les Actes (II, 42-47 ; IV, 32-37 ; V, 1-11), la vie de l’Église naissante fut d’une sainteté admirable, « la multitude des fidèles n’avait qu’un cœur et qu’une âme » (IV, 32), tout était commun entre eux, ils vendaient leurs biens et en apportaient le prix aux Apôtres qui distribuaient à chacun selon ses besoins. Ils s’assemblaient tous les jours pour prier ensemble, écouter la prédication des Apôtres, célébrer l’Eucharistie. On les voyait souvent ensemble en prière et on était frappé de la charité qui régnait parmi eux. « C’est à ce signe, avait dit Notre-Seigneur, qu’on reconnaîtra que vous êtes Mes disciples. » Bossuet a admirablement exprimé cette ferveur profonde des premiers chrétiens dans son IIè Sermon pour le jour de la Pentecôte : « Ils sont fermes contre les périls, mais ils sont tendres à aimer leurs frères ; et l’Esprit tout-puissant, qui les pousse, sait bien le secret d’accorder de plus opposées contrariétés… Il leur donne un cœur de chair… attendri par la charité… et Il les fait aussi de fer et d’airain pour résister à tous les périls… Il affermit et Il amollit, mais d’une façon extraordinaire ; puisque ce sont les mêmes cœurs des disciples, qui semblent être des cœurs de diamant par leur fermeté invincible, qui deviennent des cœurs humains et des cœurs de chair par la charité fraternelle. C’est l’effet de ce feu céleste, qui se repose aujourd’hui sur eux. Il amollit les cœurs des fidèles, Il les a, pour ainsi dire, fondus en un seul… « Les Apôtres du Fils de Dieu étaient autrefois en querelle au sujet de la primauté ; mais depuis que le Saint-Esprit les a faits un cœur et une âme, ils ne sont plus jaloux ni contentieux. Ils croient tous parler par Pierre, ils croient présider avec lui, et si son ombre guérit les malades, toute l’Église prend part à ce don et s’en glorifie en Notre-Seigneur. » – Ainsi 1 Il faut noter que dans ce texte et en plusieurs autres semblables le dessein immuable est mentionné avant la prescience dont il est le fondement. Dieu a prévu de toute éternité le mystère de la Rédemption, parce que de toute éternité Il a voulu le réaliser. 2 L’Auteur de la vie ne peut être que Dieu même. Cette expression a la même portée que celle de Jésus : Je suis la voie, la vérité et la vie. Jésus n’a pas seulement eut la vérité et la vie, il est la vérité et la vie. Et pour cela il faut qu’il soit l’Être même : « Je suis Celui qui suis. » 17 nous devons nous regarder les uns les autres comme des membres du même corps mystique, dont le Christ est la tète, et, loin de nous laisser aller à la jalousie et à l’envie, nous devons jouir saintement des qualités de notre prochain, dont nous profitons nous-mêmes, comme la main tire avantage de ce que l’œil voit et l’oreille entend. Tels furent les fruits de la transformation des Apôtres et des disciples par l’Esprit-Saint. Le Saint-Esprit a-t-il été ainsi envoyé pour produire ces fruits merveilleux dans l’Église naissante seulement ? Évidemment, non. Il continue le même secours dans la suite des générations. Son action dans l’Église apparaît par la force invincible qu’il lui donne. On le vit pendant les trois siècles de persécution et par la victoire qu’elle remporta dans la suite sur tant d’hérésies. Toute communauté chrétienne doit donc se conformer aux exemples donnés par l’Église naissante. Que devons-nous apprendre d’elle ? A n’être qu’un cœur et qu’une âme, en bannissant les divisions, à travailler à l’extension du règne de Dieu dans le monde, malgré les difficultés qui s’y opposent. A croire fermement et pratiquement à l’indéfectibilité de l’Église, qui est toujours sainte, et qui ne cesse de produire des saints. Nous devons aussi, à l’exemple des premiers chrétiens, porter avec patience et avec amour les souffrances que Dieu nous envoie. Croyons de tout notre cœur au Saint-Esprit, qui ne cesse d’animer l’Église, et à la communion des saints qu’elle est dans les âmes les plus généreuses qui vivent le plus de sa vie, elle nous apparaîtrait très belle, malgré les imperfections humaines qui se mêlent à l’activité de ses enfants. Nous nous affligeons à bon droit de certaines taches, mais n’oublions pas que, s’il y a parfois de la boue dans la vallée au pied des montagnes, sur les sommets il y a toujours une neige d’une blancheur éclatante, un air très pur, et une vue merveilleuse qui élève constamment vers Dieu.

LA PURIFICATION DE L’ESPRIT NECESSAIRE A LA PERFECTION CHRETIENNE

Cor mundum crea in me, Deus. « Seigneur, créez en moi un cœur pur. » (Ps. L,12) Nous avons vu que la transformation des Apôtres le jour de la Pentecôte a été pour eux comme une troisième conversion. Il doit y avoir quelque chose de semblable dans la vie de tout chrétien, pour qu’il passe de l’âge des progressants à celui des parfaits. Il doit y avoir ici, dit saint Jean de la Croix, une purification radicale de l’esprit, comme il a fallu une purification profonde de la sensibilité, pour passer de l’âge des commençants à celui des progressants, communément appelée voie illuminative. Et comme la première conversion, par laquelle nous nous détournons du monde pour commencer à marcher dans la voie de Dieu, suppose les actes de foi, d’espérance, d’amour de Dieu et de contrition, il en est de même des deux suivantes ; mais ici les actes des vertus théologales sont beaucoup plus profonds : le Seigneur, qui nous fait produire ces actes, creuse le sillon dans le même sens, mais bien plus profondément. Voyons 1e pourquoi cette troisième conversion est nécessaire chez les progressants, 2e comment le Seigneur purifie l’âme à ce moment, 3e quels sont les fruits de cette troisième conversion. LA NECESSITE DE CETTE PURIFICATION DE L’ESPRIT Bien des imperfections subsistent chez ceux qui progressent dans la voie de Dieu ; si leur sensibilité a été en grande partie purifiée des défauts de sensualité spirituelle, de paresse, de jalousie, d’impatience, les taches du vieil homme restent dans l’esprit comme une rouille, qui ne disparaîtra que sous l’action d’un feu intense, semblable à celui qui descendit sur les Apôtres le jour de la Pentecôte. C’est saint Jean de la Croix lui-même qui fait ce rapprochement. Cf. Nuit obscure, I. II, ch. VI. Cette rouille se trouve jusque dans le fond des facultés supérieures : intelligence et volonté. C’est un attachement à soi-même qui empêche l’âme d’être profondément unie à Dieu. De là vient que nous sommes souvent sujets à la distraction dans la prière, à l’hébétude, à l’incompréhension des choses de Dieu, et aussi à l’épanchement de l’esprit au dehors, à des affections naturelles, nullement ou peu inspirées par la charité. Les mouvements de rudesse et d’impatience ne sont pas rares. De plus, bien des âmes assez avancées s’attachent beaucoup trop à leur manière personnelle de voir, en spiritualité, et se figurent parfois recevoir des inspirations spéciales de Dieu, là où elles sont le jouet de leur fantaisie ou de l’ennemi du bien. Elles s’enflent ainsi de présomption, d’orgueil spirituel, de vanité, dévient du vrai chemin, et égarent d’autres âmes. Cette matière est inépuisable, dit saint Jean de la Croix (Nuit obscure, T. II, ch. 2), et encore ne considère-t-il guère que les défauts relatifs à la vie purement intérieure ; que serait-ce si l’on considérait les défauts qui nuisent à la charité fraternelle et à la justice dans les rapports avec les supérieurs, les égaux et les inférieurs, ou ceux qui entachent la pratique de nos devoirs d’état, et l’influence que nous pouvons exercer ? Avec l’orgueil spirituel subsiste aussi souvent de l’orgueil intellectuel, de la jalousie, une secrète ambition. Les sept péchés capitaux se retrouvent ici transposés dans la vie de l’esprit, qu’ils altèrent encore profondément. C’est ce qui montre, dit saint Jean de la Croix (ibid., ch. II), la nécessité « de la forte lessive », qu’est la purification passive de l’esprit, nouvelle conversion, qui doit marquer l’entrée dans la vie parfaite. « Même après avoir traversé la nuit des sens, dit le saint Docteur, ibid., ch. III, les avancés dans leur manière d’agir et de traiter avec Dieu restent vulgaires1 ; l’or de l’esprit n’est pas encore passé par le creuset ; ils comprennent Dieu de fa- çon puérile et en parlent de même. Comme le dit saint Paul (I Cor., XIII, 11), ils gardent des sentiments de petits enfants, pour n’avoir pas encore atteint la perfection ou l’union avec Dieu. Elle seule donne l’âge mûr où l’esprit réalise de grandes choses, son activité étant alors plus divine qu’humaine. » Avant cette troisième conversion on peut encore en un sens dire des âmes, selon l’expression d’Isaïe (LXIV, 6), que leurs justices sont encore pareilles à un linge souillé ; une dernière purification s’impose. 1 Même Pierre, appelé à devenir un si grand saint, après sa seconde conversion considère comme du délire, malgré les prédictions de Jésus, ce que disent les saintes femmes du tombeau du Seigneur trouvé vide. 18

COMMENT DIEU PURIFIE-T-IL L’AME AU MOMENT DE CETTE TROISIEME CONVERSION OU TRANSFORMATION ?

Il semble d’abord qu’Il la dépouille, au lieu de l’enrichir. Pour la guérir de tout orgueil spirituel et intellectuel, et pour lui manifester le fond de misère qu’elle porte encore en elle, Il laisse l’entendement dans les ténèbres, la volonté dans l’aridité, parfois dans l’amertume et l’angoisse. L’âme, dit alors saint Jean de la Croix après Tauler, doit marcher « aveuglément selon la pure Foi, qui est nuit obscure pour les puissances naturelles (Nuit obscure, T. II, c. IV)». Saint Thomas a dit souvent : fides est de non visis : l’objet de la foi est non vu, il est obscur ; le grand Docteur ajoutait même qu’on ne peut en même temps croire et voir une même chose sous le même aspect, car ce qui est cru comme tel n’est pas vu (Creditum non est visum, IIa IIae, q. 1, a. 5).Or il s’agit maintenant d’entrer dans les profondeurs ou les hauteurs de la foi, comme lorsque les Apôtres après l’Ascension furent privés de la présence sensible de Jésus qui leur avait dit (Jean, XVI, 7) : « Expedit vobis ut ego vadam; si enim non abiero, Paraclitus non veniet ad vos; si autem abiero, mittare eum ad vos : Il est bon que Je M’en aille ; car si Je ne M’en vais pas, le Consolateur ne viendra pas en vous ; mais si Je M’en vais, Je vous L’enverrai. » Saint Thomas explique admirablement ces paroles en son Commentaire sur saint Jean : il dit que les Apôtres, attachés par un amour naturel à l’humanité du Christ, n’étaient pas encore assez élevés par l’amour spirituel de Sa divinité, et n’étaient pas encore capables de recevoir spirituellement le Saint-Esprit comme il convenait, et comme il le faudrait au milieu des tribulations qui les attendaient lorsque Jésus les aurait privés de Sa présence sensible. Le Seigneur semble donc d’abord, en cette purification comme dans les précédentes, dépouiller l’âme, la laisser dans l’obscurité et l’aridité. Elle doit avoir pour devise : « Fidélité et abandon. » C’est ici surtout que se vérifie la parole de Jé- sus : « Qui sequitur me non ambulat in tenebris, sed habebit lumen vitae : Celui qui Me suit ne marche pas dans les té- nèbres, mais il aura la lumière de vie » (Jean, VIII, 12). Ici l’âme spécialement éclairée par la lumière purificatrice du don d’intelligence commence à pénétrer « les profondeurs de Dieu », comme dit saint Paul1 . Ici sont purifiées de tout alliage humain l’humilité et les trois vertus théologales. L’âme pressent alors de plus en plus, sans la voir, l’infinie pureté et grandeur de Dieu, au-dessus de toutes les idées que nous pouvons nous faire de Lui ; elle pressent de même toutes les richesses surnaturelles de la sainte âme du Christ, qui contenait dès ici-bas la plénitude de grâce, « tous les trésors de la sagesse et de la science » (Coloss., II, 3). Un peu comme les Apôtres au jour de la Pentecôte, elle entrevoit les profondeurs du mystère de l’Incarnation rédemptrice, la valeur infinie des mérites du Christ, mort pour nous, sur la croix, comme le disent saint Pierre dans ses premiers sermons et saint Étienne avant son martyre. C’est comme une connaissance vécue, quasi expérimentale du monde surnaturel, de la vie chrétienne profonde ; c’est comme un nouveau regard sur elle. Et par contraste l’âme perçoit beaucoup mieux sa misère. La principale souffrance intérieure d’un saint Paul de la Croix, d’un saint Curé d’Ars, était alors de se sentir très loin de l’idéal du sacerdoce, dont la grandeur leur apparaissait de plus en plus dans l’obscurité de la foi, en même temps qu’ils voyaient toujours mieux les besoins immenses des âmes très nombreuses qui s’adressaient à eux et imploraient leurs prières et leur secours. Cette troisième conversion ou purification est, on le voit, l’œuvre du Saint-Esprit, qui éclaire l’âme par le don d’intelligence2 . Comme à la lueur d’un éclair pendant cette nuit, Il illumine l’âme du juste qu’Il veut purifier. Ce juste lui a dit souvent : «lllumina oculos meos, ne unquam obdormiam in morte : Ëclaire mes yeux, pour que je ne m’endorme pas dans la mort » (Ps. XII, 5). — « Deus meus, illumina tenebras meas : O mon Dieu, éclaire mes ténèbres » (Ps. XVII, 29). – « Cor mundum crea in me, Deus, et spiritum rectum innova in visceribus meis. Ne proficias me a facie tua, et spiritum sanctam tuam ne auferas a me. Redde mihi laetitiam salataris tui, et spiritu principali confirma me. Docebo iniquos via tuas, et impii ad te convertentur… et exultabit lingua mea jastitiam tuam : O Dieu, crée en moi un cœur pur, et renouvelle en moi un esprit rectifié. Ne me rejette pas loin de Ta face. Ne me retire pas Ton Esprit Saint. Rends-moi la joie de Ton salut… Et je célé- brerai Ta miséricorde, et les impies se convertiront. Ouvre mes lèvres, Seigneur, ma bouche chantera Ta justice et Ta bonté » (Ps. L, 12). L’âme purifiée redit au Christ Jésus, pour qu’Il les réalise en elle, les paroles qu’Il a prononcées : « Je suis venu jeter un feu sur la terre, et que désiré-je sinon qu’il se répande partout ? »(Luc, XII, 49.) Cette troisième purification ou conversion se fait, on le voit, comme le dit saint Jean de la Croix (Nuit obscure, T. II, ch. V), « par une influence de Dieu dans l’âme pour la purifier de ses ignorances et imperfections habituelles. Les contemplatifs la nomment Contemplation infuse, où Dieu instruit l’âme en secret, et en perfection d’amour, sans qu’elle y intervienne, sans qu’elle comprenne même en quoi cette contemplation infuse consiste ». Cette grande purification ou transformation se présente sous des formes différentes chez les purs contemplatifs comme un saint Bruno, et chez des âmes vouées à l’apostolat ou aux œuvres de miséricorde comme un saint Vincent de Paul, mais le fond en est le même : chez les uns et chez les autres sont purifiées de tout alliage humain l’humilité et les trois vertus théologales, dont le motif formel apparaît de plus en plus au-dessus de tout motif secondaire. L’humilité grandi beaucoup selon la gradation décrite par saint Anselme et rapportée par saint Thomas : « 1e connaître qu’on est méprisable, 2e souffrir de l’être, 3e avouer qu’on l’est, 4e vouloir que le prochain le croie, 5e supporter patiemment qu’on le dise, 6 e accepter d’être traité comme une personne digne de mépris, 7e aimer d’être traité ainsi. » Tel saint Dominique, qui allait de préférence dans les parties du Languedoc où il était maltraité et ridiculisé, et qui éprouvait une sainte joie de se sentir devenir plus semblable à Notre-Seigneur humilié pour nous. Alors apparaissent de plus en plus dans toute leur élévation les motifs formels des trois vertus théologales : Vérité suprême révélatrice, miséricorde toujours secourable, souveraine bonté infiniment aimable pour elle-même. Ces trois motifs 1 Cor., II, 10 : « Spiritus enim omnia scrutatur, etiam profunda Dei… Nos autem accepimus… Spiritum qui ex Deo est, ut sciamus quae a Deo donata sunt nobis. » 2 S. Thomas, IIa IIae, q. 8, a. 8 : «Hanc munditiam mentis (depuratae a phantasmatibus et erroribus) facit donum intellectus… Etsi non videamus de Deo quid est, videmus tamen quid non est ; et tante in hac vita Deum perfectius cognoscimus, quanto magis intelligimus eum excedere quidquid intellectu comprehenditur… Hec pertinet ad donum intellectus inchoatum, secundum quod habetur in via. » 19 apparaissent comme trois étoiles de première grandeur dans la nuit de l’esprit, pour nous guider sûrement vers le terme de notre voyage. Les fruits de cette troisième conversion sont les mêmes que ceux de la Pentecôte, lorsque les Apôtres furent éclairés et fortifiés et que, transformés, ils transformèrent à leur tour par leur prédication les premiers chrétiens, comme le montre le livre des Actes en rapportant les premiers sermons de saint Pierre et celui de saint Étienne, premier martyr. Les fruits de cette troisième conversion sont surtout, avec une humilité vraie, profonde, une foi vive pénétrante qui commence à goûter les mystères de l’au-delà, c’est comme un avant-goût de la vie éternelle. C’est aussi une espérance très ferme, très confiante, en la miséricorde divine toujours secourable. Pour arriver à cela, il faut avoir, comme dit saint Paul, « espéré contre toute espérance ». Mais le fruit le plus élevé de cette troisième conversion est un très grand amour de Dieu, très pur et très fort, qui ne se laisse arrêter par aucune contradiction ou persécution, comme le fut l’amour des Apôtres qui étaient joyeux de souffrir pour Notre-Seigneur. Cet amour est fait d’un ardent désir de la perfection, c’est la faim et la soif de la justice de Dieu, qui s’accompagne du don de force, pour triompher de tous les obstacles. C’est la réalisation parfaite ici-bas du précepte suprême : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toutes tes forces, de tout ton esprit. » Désormais le fond de l’âme est tout à Dieu. L’âme est enfin arrivée à vivre presque continuellement en la partie supé- rieure d’elle-même de la vie de l’esprit, elle est une adoratrice en esprit et en vérité. C’est là dans l’obscurité de la foi comme le prélude de la vie de l’éternité : « quaedam inchoatio vitae aeternae ». C’est la réalisation de la parole du Sauveur : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à Moi et qu’il boive, et des fleuves d’eau vive couleront de sa poitrine : Si quis sitit, veniat ad me et bibat, et flumina de ventre ejus fluent aquae vivae. » C’est vraiment l’eau vive jaillissant en vie éternelle, comme l’annonçait Jésus à la Samaritaine : « Si scires donum Dei …. petiisses a me, et dedissem tibi aquam vivam… Aqua quam ego dabo ei fiet in eo fons aquae salientis in vitam aeternam. » Prière au Saint-Esprit Esprit Saint, venez en mon cœur ; attirez-le à Vous par Votre puissance, mon Dieu, et donnez-moi la charité avec la crainte filiale. Gardez-moi, ô Amour ineffable, de toute mauvaise pensée, réchauffez-moi, enflammez-moi de Votre très doux amour, et toute peine me semblera légère ! Mon Père, mon doux Seigneur, assistez-moi dans toutes mes actions ! Jésus amour, Jésus amour. (Sainte Catherine de Sienne) Le chrétien qui s’est consacré à Marie médiatrice selon la formule du bienheureux Grignon de Montfort, puis au Sacré- Cœur, trouvera des trésors dans la consécration souvent renouvelée au Saint-Esprit. Toute l’influence de Marie nous conduit à l’intimité du Christ, et l’humanité du Sauveur nous conduit au Saint-Esprit, qui nous introduit dans le mystère de l’adorable Trinité. Consécration et prière au Saint-Esprit O Saint-Esprit, divin Esprit de lumière et d’amour, je vous consacre mon intelligence, mon cœur, ma volonté et tout mon être pour le temps et l’éternité. Que mon intelligence soit toujours docile à Vos célestes inspirations et à l’enseignement de la sainte Église catholique dont Vous êtes le Guide infaillible ; que mon cœur soit toujours enflammé de l’amour de Dieu et du prochain ; que ma volonté soit toujours conforme à la volonté divine, et que toute ma vie soit une imitation fidèle de la vie et des vertus de Notre-Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, à qui, avec le Père et Vous, ô Esprit-Saint, soient honneur et gloire à jamais. Ainsi soit-il. Indulgence de 300 jours à gagner une fois par jour, applicable aux âmes du Purgatoire. S. S. Pie X. Pour renouveler cette consécration, if suffit de redire les premières lignes de la formule.

http://www.a-c-r-f.com/documents/R_P_GARRIGOU-LAGRANGE-Trois_conversions.pdf

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